Al-Kashi, Mathématicien d'Exception

 
Peinture, Musée de l'Observatoire
 

   L'homme

   Al-Kashi  est né vers 1380, à Kashan (Iran). C'est là, malgré la pauvreté et l'époque troublée, qu'il fait ses premières observations astronomiques (éclipse de lune, 1406) et rédige ses premiers ouvrages sur ce thème(1407). Il s'occupe aussi de géodésie, déterminant les longitudes de 506 localités, dont 381 peuvent être considérées comme exactes: compte tenu qu'il ne peut effectuer seul toutes les mesures, et s'appuie sur les données de correspondants aux compétences variables, le résulat n'est pas si mauvais... Vers 1420, il est invité à Samarcande par Ulugh-Beg, à l'initiative de Quadi-Zadé Rumi: c'est le début d'une collaboration que seule sa mort, en 1429, interrompra.

   L'astronomie a fait de lui un ingénieur (il donne des descriptions d'instruments astronomiques, ou des indications pour les réaliser) et un mathématicien (difficile de se passer de trigonométrie!). Mais il est aussi un précieux observateur de la vie scientifique à Samarcande, et donc, pour nous, un témoin de première main: sa correpondance avec son père, demeuré à Kashan, est parvenue jusqu'à nous, soigneusement datée.

" Sa Majesté elle-même est versée dans les Sciences, et les savants sont légion ici..."

"A l'heure actuelle, la plus grande parie des bâtiments de l'observatoire est construite; une sphère armillaire a déjà été réalisée. D'autres instruments sont déjà construits, comme un quadrant azimutal, un instrument à viseur mobile..."

   Certes, il s'y montre très conscient de sa valeur, quand il écrit que seuls Ulugh-Beg et Quadi-Zadé Rumi lui semblent capables de soutenir la discussion scientifique avec lui... Mais est-ce très loin de la vérité?

   Il est le dernier grand mathématicien du monde musulman: au décès d'Ulugh-Beg, une phase de déclin commence, et  les  restes de l'équipe mathématique de Samarcande se retrouvent à Istanbul... ce qui aura tout de même une utilité: favoriser le transit vers l'Europe, alors très en retard, de toute la science du monde arabe!

   Les écrits

Parmi ces quelques repères,  figurent en gras les oeuvres "majeures".


Exemple d'un problème pratique: tracé d'un dôme
S'y ajoutent des tables astronomiques,  les Zij al-Khaqani, dédiées à Ulugh-Beg ; elles contiennent une table des sinus à quatre places sexagésimales, avec des entrées de minute en minute d'angle. Par ailleurs il est certain que les tables d'Ulugh-Beg sont le fruit d'une étroite collaboration entre les deux hommes.


Al-Kashi enseignant la Géométrie (peinture murale, musée de l'Observatoire)

   L'oeuvre mathématique

Là encore, en nous limitant à l'essentiel:

Al-Biruni et Al-Khayyam,
auteurs de tentatives perdues pour ce même problème.
          Grâce à la méthode d'Archimède (approximation du cercle par un polygone, ici à 8050306 368 côtés, évidemment "virtuel":  on utilise une itération associée), il obttient, en écriture sexagésimale

Pi = 3;08,29,44,00,47,25,53,07,25
ce qu'il convertit en décimal
Pi = 3, 141 592 653 589 793 25

Le calcul est exact à 16 décimales (la 17-ème serait un 4 et non un 5, en arrondissant à cette précision, ou un 3, par défaut). Le pari est donc tenu, et fait de lui le premier à franchir la barre symbolique des 10 décimales! Un record qui s'inscrit entre celui du  Chinois Zu Chongzhi (6 décimales, en 480) et celui de Romanus (15 décimales, en 1593): record durable!

timbre iranien commémorant le 600-ème anniversaire de sa naissance

Un autre site consacré à al-Kashi, avec divers liens.